Je pensais que cette fois-ci, pour la première fois depuis que le voyage a commencé, j’allais quitter un pays avec un soupçon d’impatience. Pendant tout mon séjour au Fidji, j’ai cherché un endroit où j’allais poser mon sac à dos. Et en attendant de le trouver, j’ai changé de villes et de villages presque tous les jours, à l’exception de l’escapade sur l’île de Kuata, où mes possibilités de d’évasion étaient limitées.
Au bout de trois semaines aux Fidji, je me suis demandée ce qui n’allait pas: je sais que j’apprécie le fait de voyager lentement… Pourquoi est-ce qu’aux Fidji je n’y arrivais pas? J’avais l’impression de survoler la culture fidjienne, de ne pas avoir de points d’accroche, et malgré toute la gentillesse et l’atmosphère chaleureuse dégagées par la population, je me sentais toujours très “extérieure”…
Il y avait des choses que j’identifiais: je restais peu réceptive aux villes de l’île principale, Viti Levu, et j’étais un peu gênée de voir à quel point toutes les communautés ethniques des Fidjis étaient compartimentées. Mais cela n’expliquait pas tout. Pourquoi cette fois-ci, je n’arrivais pas à créer une connivence avec un lieu?
C’est précisément au moment où je me disais que je devais accepter ce genre de sentiment comme aléas de ce voyage qu’une femme du plus vieux village des Fidjis est apparue sur ma route, en me glissant ses coordonnées et en se proposant de m’héberger au sein de sa famille.
C’est là, à ce moment-là, que le visage des Fidjis a changé. Dès que j’ai mis les pieds chez elle, je me suis sentie parfaitement à ma place, stimulée, intriguée, entourée d’une famille tentaculaire et recomposée, au sein d’un village beau et singulier. Là j’ai posé mon sac et je n’y ai plus touché.
A partir de là, les cérémonies du kava, la confection des repas, les ballades, les jeux avec les enfants et les discussions avec les pêcheurs avaient du sens, un relief que je n’avais plus connu depuis mon arrivée sur l’archipel.
Mon hôtesse est une collectionneuse. Elle loge, soigne, accueille, oriente et nourrit des choses perdues. Je vis avec elle, les deux petites filles qu’elle a adoptées, les châtons de quelques jours qu’elle a sauvés sur la route, un vieux chien plein de puces ramené par un ami de passage, des voyageurs qui entrent et qui sortent, des oncles et tantes sans liens de sang. Tout ce petit monde est incroyablement gentil et chaleureux.
Ce soir-là, une Israélienne, officier de l’armée, se joint à nous. Elle a été dévorée par des moustiques et bien qu’elle ne veuille pas se plaindre, est perclue de douleur. Mon hôtesse la soigne en concoctant une mixture faite de feuilles de noni, arbre dont le fruit a des vertues exceptionnelles, et d’huile de noix de coco. Sous son châle qui lui donne un air de messie, l’Israélienne reprend des couleurs.
Les châtons orphelins sont baptisés selon nos deux prénoms, au cours d’une soirée douce et étrange, qui verra l’Israélienne athée lire la Bible en hébreu à une assistance de Fidjiens très croyants. On est assis par terre, sur le patio, l’aîeule prépare du kava dans un demi-pneu élimé, les voisins passent, nous saluent et reviennent avec leur femme et les enfants. L’Israélienne leur demande de quoi ils veulent qu’elle leur parle. Ce sera Samson et Dalilah, David et Goliath, des histoires qui soulèvent l’enthousiasme des Fidjiens, tandis que le kava coule à flot. On dévore avec nos doigts un poisson pêché le matin même à quelques mètres de la maison, exalté par une sauce de noix de coco fraîche, de jus de citron vert et de piments. J’ai l’impression d’être dans un tableau.


Bonjour,
je suis tombée par hasard sur ton site et j’ai lu une quantité d’articles, bravo tu sais captiver ton lecteur!
Actuellement en Nouvelle Zélande, je programme un voyage d’un mois aux fidjis en solo, et aimerais tout comme toi vivre l’expérience en dehors des sentiers battus. Aurais tu quelques endroits à me conseiller? Je ne sais pas trop où aller sur l’île principale ni sur quelles îles me rendre (je sais juste celles que je veux éviter!)? J’apprécierai beaucoup tes conseils!!
Merci pour ta réponse!
Anne
@ Ye Lili: merci Lili! Les Fidjis, ça a été une étape à part, avec des moments où j’avais vraiment envie d’être ailleurs et d’avancer mon billet de départ, et des rencontres génialissimes en travers de ma route. C’était vraiment un mois intense.
@ Marjorie: merci beaucoup pour tes commentaires! J’ai un bon mois de retard en effet
@ Alexis: ça me fait super plaisir, en particulier après un mois loin du net! Je m’y remets
@ Chri: merci à toi d’être passé par ici! je mets un peu d’ordre dans mes notes et je reprends le fil. Excellente continuation à toi
@ Caroline: merci beaucoup!
@ Yves: franchement, je croyais que c’était du blabla tout ça, avant de commencer le voyage. Lire sur tous les forums que « au fond, ce sont les rencontres qui font le voyage » etc… Et… oui, c’est totalement ça.
@ Virginie: merci d’être passée miss!
@ Patrick2: merci beaucoup Patrick. Elle est parfaite cette citation. J’espère que tout se passe bien pour toi!
@ Max: Buddy, je veux aller en Chine juste pour que l’on puisse enfin papoter
@ Lemerou: merci beaucoup!
@ Mélissa: merci d’être passée Mélissa. Le lâcher-prise aux Fidjis a porté ses fruits en effet.
@ Patty: mais fonce!!!!!
@ LeVince: grand Vince, tu me fais rêver avec tous les supers concerts que tu dévores!
@ Marjorie: la référence à LaTour est excellente, tu as tout à fait cerné l’atmosphère de la soirée
Merci d’être passée par ici.
@ Roch: merci beaucoup pour ton mail et tes commentaires cher Roch! Je t’envoie vite un mail à mon tour
@ Piotr: pfff, merci m’sieur
Je file vite sur ton blog pour enfin prendre ma dose!
@ Pierre: il y en a des anges en chemin
@ Sandro: oui ça doit être fait exprès! Merci à toi grand globe-trotteur
NowMadNow
Tres chouette temoignage…
mais je trouve ca aussi normal que tout ne puisse pas plaire, les deconvenues font aussi partie du voyage parfois…
Profite bien, ça y est j’ai enfin réussi à terminer de lire tous tes fantastiques posts ! J’adore, je kiffe ! lOlll ! Vite, ma dose ! non non, profite bien là où tu es…
Salut ! Je viens de découvrir ton blog et je dois dire que je suis très très agréable surpris par la qualité de cet article. Ajouté directement dans les favoris et je m’empresse d’aller lire tes précédents récits en attendant les prochains !
Pas d’nouvelles, bonnes nouvelles ? J’imagine que tu dois être sois dans un endroit coupé d’Internet (Aleluia), soit en train de faire une traversée, soit en train de prendre un petit break bien mérité. Dans tous les cas, hâte de continuer à te lire
Waw … Toujours aussi agréable de te lire !
« C’est là, à ce moment-là, que le visage des Fidjis a changé. Dès que j’ai mis les pieds chez elle, je me suis sentie parfaitement à ma place »
Tu vois, c’est cet aspect du voyage qui me plait le plus. Bien au-delà des endroits visitées, l’humain reste de loin le paysage le plus intriguant, le plus spectaculaire et le plus réconfortant.
Je suis fan de ton blog… et c’est un bonheur de venir à chaque fois de visiter ton site!!
Au plaisir de te lire
missoceania
Une phrase qui je trouve t’irait bien (…pas de moi … je l’ai juste légèrement modifiée) :
In the mirror you suddenly see much more than your reflection. You catch a glimpse of the emotions of your yesterday. You read the hopes of your tomorrow. And in that instant, in which past and future coincide, you discover what you enjoy today.
Biz
Ce que tu nous fais partager c’est magique.
Jusqu’où iras-tu ??
Très chouette histoire et belle photo…
…Comme d’habitude
Toujours au moment où on lâche prise qu’arrive les bonnes choses!
Impatiente de découvrir la suite de tes aventures!
Tes textes sont aussi beaux que tes photos … Comment ne pas vouloir partir ? …
Bisoux ma belle
Je me répète, mais quelle belle aventure tu vis et que tu nous fait vivre! Bisous
Très beau texte. Comme le dit Roch, une vraie évasion. J’imagine un tableau de La Tour, pour ma part.
Encore merci pour l’évasion
Bisous
Toi et tes histoires aux saveurs exotiques mais si vrais… si humaines. J’ai peux-être des cordes à mon arc mais toi tu tiens une harpe d’anecdotes entre tes mains et tes mots sont des notes de musiques qui nous transportent !
C’est bon de remuer cent fois ce que l’on pense acquis pour finalement se faire bercer par une douce surprise. Ces « anges », on se sait jamais où et quand on va les rencontrer, il suffit juste de ne pas les attendre pour que la magie opère
C’est toujours à ce moment « là », ce moment où on est près à basculer sur une position, que quelque chose arrive pour nous faire basculer dans la position opposé… Ça doit être fait exprès non ? ^^