Après un petit-déjeûner composé de coeur de boeuf frit, d’ail et de piments, nous sommes prêts à aller vagabonder dans la forêt.
Je commence à reconnaître les plantes urticantes, les noms de certains arbres, dont le Chicken Foot Tree et ses racines rouges qui jaillissent du sol et créent un damier dans la terre humide. Il y a des traces de tapirs sur le sol.
Nos sacs se remplissent peu à peu de bananes plantains, de caramboles, de fruits de la passion sauvages. La cueillette est bonne ce matin. Et je découvre des plants de cacao… Le propriétaire sort sa machette et tranche un fruit du cacaotier… On doit laisser les fèves gluantes fondre dans nos bouches… La fine pellicule qui entoure les fèves de cacao se révèle délicieusement parfumée, acide et douce à la fois. Les fèves magiques, on les crache, on ne va pas les torréfier ici, en plein milieu de la forêt… Je crache à regret ces petites boules… On ne peut vraiment pas les torréfier ici…?
Et là des piments, très forts, pas pour les Gringos me dit le propriétaire un grand sourire aux lèvres. Il sait que je goûte toujours ses mélanges épicés… Puis il se fige.
Il me dit de courir. Par là. Il bondit vers l’avant. Il y a des branches qui bougent au-dessus de nous. On court à toute allure dans la boue tendre. Les fruits glissent de nos sacs. Has visto? Has visto? me dit-il en pointant son bras vers le ciel.
Un groupe de singes capucins blancs fait tanguer les branchages à douze mètres au-dessus de nos têtes. Ils s’éloignent, on ne va apercevoir que des ombres parmi le feuillage… On continue à courir de plus en plus vite. On se prend les lianes de face et on se rattrape de justesse à un tronc en glissant dans une fourmillière. Il ne faut pas les lâcher les capucins.
Une clairière. Deux secondes d’un panorama unique sur ce groupe de singes sauteurs. Deux secondes et c’est fini. Ils sont loin déjà.
Ramon, le propriétaire, reprend son souffle et essaie de s’essuier le front avec sa chemise trempée. Il y a dix ans, il y avait soixante singes dans les arbres entourant le lodge. Maintenant, ils ne sont plus qu’une vingtaine, peu à peu décimés par les populations locales qui les abattent pour des festins traditionnels.
T’as réussi à garder quoi dans ton sac? A nous deux, on a trois caramboles et une poignée herbes aromatiques liquéfiées. On se remet en chasse…


@ Julien: je t’avoue qu’au début, je n’ai pas exactement compris pourquoi on se mettait à courir comme des tarés…! Mais il n’y a pas eu d’attaques de singes vengeurs.
Ce sont de magnifiques petites bêtes. Je suis bien contente qu’elles soient passées au-dessus de nos têtes.
@ Mélissa: j’adore ce film! Et cette scène est… parfaitement répugnante
@ Catherine: pff estomac en acier… Je ne lui demande pas son avis. Mais je t’avoue que je commence à devenir lentement « végétarienne », sans le côté sectaire qui va avec ce concept. Et… j’ai envie de me cuisiner à manger moi-même! Mais ce sont des petits inconvénients d’un voyage, rien de bien grave.
@ Estelle: oui j’ai un peu cligné des yeux la première fois. Mais on s’habitue à tout
NowMadNow
A quoi ça ressemble ces petits singes?
Au départ je pensais que vous les fuyez pour éviter une attaque…
En parlant de singes… J’ai une pensée pour Indiana Jones et son festin indien! Bon appétit!
Passionnant,Liane.
Et ,à nouveau,tes photo.
De plus,j’imagine que tu as un estomac en acier.
Bisous
Du coeur de boeuf ? Au petit déjeuner ?
WOW