Voilà une semaine que je sillonne l’île principale des Fidji, Viti Levu. A défaut d’avoir un coup de coeur pour l’île, je tente d’y mettre du mien et je mise alors tout sur les rencontres qui pourraient me faire appréhender l’île sous un autre angle.
J’envoie quelques demandes pour faire du couchsurfing dans la capitale, Suva. Et c’est la meilleure chose qui me soit passée par la tête en sept jours sur l’archipel.
Une certaine Elayne me répond et m’envoie toutes les indications pour me rendre chez elle. En tirant ma valise sur le bitume, je vois un petit blondinet d’un mètre dix s’approcher et s’arrêter devant moi. You are my guest tonight miss.
Le garçon a onze ans et me tend fièrement la main. Je me marre déjà, lui reste fier et stoique et entreprend de tirer ma valise. Sa mère approche et en un quart de seconde, je sais que je vais vraiment l’apprécier cette femme-là.
Elayne est Anglaise, a cinquante ans, et s’est installée au Fidji après quelques pélégrinations en Océanie. Ses dix années à la BBC, l’Angleterre, tout ça est loin, elle ne retourne plus en Europe depuis bien longtemps. Elle m’explique qu’elle vient de quitter une semaine plus tôt son paradis, une petite île isolée au nord des Fidji, ses mangues et ses fruits de la passion, pour s’installer dans la capitale et ce, sous la demande de son fils. Il s’ennuyait dans le minuscule village et avait besoin d’amis.
Je suis acceuillie tellement chaleureusement par ces deux personnages que j’ai l’impression que le temps s’arrête. Je suis sidérée de voir cette femme qui n’a rien, qui peine à payer les frais de scolarité de son fils, et qui acceuille une parfaite inconnue chez elle. Elle accepte mes provisions, c’est déjà ça… Mais me ressert trois fois à chaque repas.
Elle ira jusqu’à me donner le lit double en prétextant qu’elle a besoin de dormir à même le sol pour son dos. Encore plus têtue que moi, je n’ai pas réussi à la faire changer d’avis.
Je m’étonne intérieurement de voir des affiches dans toutes les pièces avec des instructions détaillées concernant tous les moments-clés de la journée: le rituel du bain est expliqué minutieusement, la façon de prendre le petit-déjeûner, la gymnastique matinale,… Mon hôtesse est bien trop relax et son fils farouche et fier pour se livrer à des rituels si balisés.
Mon hôtesse me raconte alors une histoire extraordinaire, une histoire que l’on lit dans les livres d’anthropologie ou dans des récits mythiques et cruels, des récits d’homme-loups, d’enfants sauvages. Il y a dix ans, un jeune garçon a été trouvé dans un état atroce au nord de l’île de Viti Levu… Il avait une vingtaine d’années et avait passé toute sa vie attaché sous la maison, avec pour seule compagnie les volailles de la famille. Lui, c’est Chicken Boy, un garçon qui a fait peur à sa famille en étant différent et dont la présence apportait la honte sur le clan. Personne n’a rien dit ni rien fait pendant tout ce temps, et le garçon a grandi sans apprendre à parler, en se mouvant à peine, en émettant des gloussements de volatiles. Puis, par un concours de circonstances, il s’est retrouvé placé dans une maison de retraite, figé au mur par des cordes par un personnel soignant incapable de lui apporter les soins nécessaires.
C’est là qu’est apparue une bonne fée de dessins animées, Elizabeth Clayton, spécialiste de la psychologie comportementale, installée au Fidji depuis des années. Elle entend parler de Chicken Boy et va l’adopter et tout mettre en oeuvre pour lui apporter le développement dont on l’a privé. Le National Geographic a réalisé un documentaire incroyable sur cette femme et son combat de tous les instants avec ce jeune garçon.
Et… je logeais chez elle en fait, dans le lit douillet du jeune rescapé. Elayne était chargée de garder la maison le temps qu’ils fassent des examens plus poussés en Australie, avec les meilleurs spécialistes de ceux que l’on nomme les “enfants sauvages”.
Entre mon hôtesse si attentionnée et chaleureuse et la propriétaire des lieux, dont la présence imbibait les lieux, j’ai vraiment atterri dans un monde à part. Je n’ai même pas envie d’utiliser le mot “générosité”. C’est au-delà de ça.
C’est avec des yeux écarlates et des dizaines de recommendations annotées au crayon par ma merveilleuse hôtesse que je suis repartie deux jours plus tard, je ne pouvais rester davantage. Le matin, j’avais l’impression de manger le pain du petit bonhomme, et le soir je dormais dans le lit destiné à mon hôtesse. Je ne pouvais pas rester plus longtemps. Mais j’aurais aimé vivre avec eux plus longtemps, sans avoir l’impression que l’on me donnait le peu qu’ils avaient pour subsister.
Il s’est passé quelque chose en 48 heures en tant que passager clandestin dans leur vie.


Comment fais tu ? Après 2 semaines à tes côtés, je réalise avec Gen combien tu aimantes les gens dans ta manière d’être. Systématiquement, ils viennent vers toi. Je pense, après notre périple, que tu vois toujours le meilleur des gens, et ils ne peuvent en retour que te donner le meilleur d’eux même !
Il y a ceux qui ont de la chance sans la comprendre, je pense que toi, tu sais la provoquer !
J’ai hâte de voyager à nouveau avec toi !
@ Marjorie: malgré le temps qui passe, je n’en reviens toujours pas…
@ Corinne: merci à toi!
NowMadNow
EXTRAORDINAIRE
Très belle, émouvante histoire! La beauté du voyage réside dans ces moments aux airs si uniques.
@ Patricia: merci beaucoup!
@ Joe Le Merou: oui j’ai eu beaucoup de chance de faire sa connaissance
Te lire est un vrai plaisir , cette rencontre est un veritable cadeau de la vie , que d’emotions et sur ta route il y en aura encore bz
Une histoire hallucinante ![]()
Impressionnant…
@ Pierre: non, en effet ça ne s’invente pas! Une très belle rencontre
@ Le Vince: merci beaucoup! Bisous
@ Martine: merci à toi d’être passée par ici! Oui pour les surprises, j’en ai eu et ça continue, c’est magique et imprévu.
@ Fabrice: je ne sais pas si tu as reçu mon message, mais j’ai vérifié et le HelpExchange n’est malheureusement pas développé en Colombie. As-tu regardé pour le woofing? Bon voyage
NowMadNow
Wow! Quelle histoire! Le genre de récit qui ne s’invente pas tellement la réalité dépasse l’imagination Quelle joie ce soit être de faire ce genre de rencontre et jolie description aussi que tu nous offres.
Une personne généreuse et rare que tu as rencontrée là. Probablement le genre de rencontre qui t’apporteras plus tard sans t’en rendre compte
Voilà que je prend un peu de retard et que je te retrouve dans une nouvelle aventure… Quelle belle aventure. Qu’est ce que c’est bien décrit… L’émotion me gagne…Magnifique Gros bisous
[...] http://www.nowmadnow.com/?p=420 [...]
Ben voilà, je suis conquise! Histoire fascinante, du genre de celles dont on ne peut que rêver et qui n’arrivent jamais. Tu nous prouve le contraire. La route réserve toujours de belles surprises.
De l’émotion en peu de mots, bravo!
Pour l’instant, j’ai tenté sur deux villes, nada…
Je vais essayer helpexchange, ils sont aussi developpés que CS?
@ Patty: oui c’est certainement une des rencontres les plus marquantes jusque-là. On reste en contact et j’aimerais beaucoup que nos chemins se recroisent.
@ Piotr: tout à fait improbable et surréaliste!
@ Catherine: ce voyage est fascinant! Bisous!
@ Krystelle: j’apprends vraiment ce qu’est la générosité en voyage, l’accueil que je reçois me sidère à chaque fois. Bisous miss!
@ Chris: tu as étudié son histoire dans le cadre de tes études…?! Mais en même temps, ça ne m’étonne pas: j’ai envoyé un mail à mon ancien prof d’anthropologie peu après avoir vécu dans cette maison
Et Elayne est magique en effet. Merci d’être passé par ici.
@ Kiran: ah c’est toi le petit elfe qui guide mon voyage?
Merci pour ta bonne influence alors, car vraiment tout se passe pour le mieux depuis cinq mois! Bisous à toi et ta jolie tribu!
@ Fabrice: oh désolée d’avoir déçue tes attentes ![]()
Pas moyen de faire du couchsurfing en Colombie? Tu as essayé le HelpExchange?
Bons voyages Fabrice!
NowMadNow
J’ai les larmes aux yeux en te lisant… Quelle merveilleuse rencontre… Une des plus belles que tu aies faite jusqu’à présent j’ai l’impression…
En tout cas, l’émotion transperce…
Merci de nous la faire partager.
Gros bisouxx
Patty
Histoire magnifique, rencontre improbable et extraordinaire !
Liane,que le monde est fascinant sous ta recherche.
Je t’aime
Cat
Très belle histoire…et oui, comme tu le dis, c’est au delà de la générosité !
je t’embrasse
Incroyable, dingue, hallucinant … J’ai « étudié » le cas de Chicken boy en master d’anthropologie et savoir que tu as dormi dans son lit me fait tout simplement halluciner – un peu comme si tu me disais que tu avais fait une partie de poker avec le génie tout bleu d’Aladdin. Mais, plus fou encore que Chicken boy, Elayne – juste … superbe
Bonjour ma belle, je vois que tu profites de ton voyage et que tu le contes mieux qu’Ella Maillart! J’ai rencontré Morgane et ai eu quelques brèves nouvelles. L’Indonésie à présent? On se rapproche de mon pays! T’embrasse fort fort et suis toujours dans une de tes poches dans toutes ces aventures…Très affectueusement, Kiran (p.s. met des vêtements à poches s.t.p.)
ha zut, je m’attendais à un truc plus chaud;-)
Des rencontres qu’on oublie pas….
bon moi je galere avec le couchsurfing en Colombie, zut!