// L’Exploration Urbaine, nouveau concept pour tentations rouillées
Urbex est le diminutif attractif d’Urban Exploration, terminologie anglaise qui célèbre les escapades un brin clandestines dans des lieux désaffectés.
En réalité, l’Urbex c’est le désir irrépressible de visiter la grange abandonnée d’un voisin ronchon, la voiture désossée et orpheline laissée près d’un champ, c’est rentrer la nuit dans une usine qui semble peuplée de fantômes, c’est vouloir être une petite souris dans des lieux du quotidien pour les découvrir sous un autre angle.
// Gare au loup… au voisin et au gardien
Mais ce terrain de jeu, c’est illégal, non? Certains s’amusent à jouer sur les mots en insistant s’introduire dans des endroits abandonnées en étant simplement dénués d’une autorisation, d’autres reconnaissent volontiers pénétrer dans ces endroits par effraction…
Quoi qu’il en soit, que l’on saute par dessus une barrière ou que l’on ne fasse que pousser une porte oubliée, on sait tous que les propriétaires des lieux ne seraient pas ravis de nous voir trimballer nos appareils photo derrière ces murs.
// Why so serious?
Certains explorateurs urbains prétendent appartenir à une secte élitiste – nouveau genre de société secrète – et ne divulguent les adresses des lieux magiques qu’aux initiés… Le net ayant propagé le virus clandestin, il s’agit maintenant d’en réguler la porte d’entrée!
Certes, la popularité croissante de cette activité met en danger certains lieux, hérisse les poils de propriétaires fatigués de voir leurs vieilles bâtisses transformées en squats, en zones de non droit où l’on casse pour se donner des frissons. Faute d’argent ou de projet de revalorisation, tant de lieux se figent … et attendent.
D’autres explorateurs se manifestent et veulent protéger et pérenniser usines, brasseries, vieilles salles de bal rongées par l’humidité. Un code de déontologie informel se propage lui aussi: entrer à la dérobée, regarder, ne rien toucher, repartir.
S’immiscer dans ces endroits en friches, c’est un peu réveiller les morts, invoquer le passé, découvrir un patrimoine industriel et historique et s’émerveiller de choses toutes simples comme un bureau d’écolier saturé d’inscriptions, une paire d’escarpins laissée dans un placard par une propriétaire qui ne reviendra plus jamais.
.
// Pourquoi c’est si … bon ?
Pas besoin de visa, de billet pour des contrées éloignées, des endroits singuliers, profondément exotiques se trouvent à quelques pas de nos immeubles joliment quadrillés.
Petite ébauche pour inciter à l’espionnage urbain:
- S’obliger à être réactif:
Fouler ces no man’s land, c’est accepter l’imprévisible et s’obliger à s’y adapter. Gestion de la lumière, question des portes d’accès, état de délabrement du lieu, présence de squatteurs, de taggeurs, d’artistes maudits, on ne sait pas sur quoi on va tomber. Nos sens doivent être aux aguets et tout enregistrer.
- Du béton poétique: réenchanter le quotidien
Explorer ces endroits, c’est remplacer l’anonymat urbain et sa fausse uniformité. En partant arpenter ces friches étranges, on améliore à sa petite échelle la perception d’une ville ou d’une zone géographique.
Pénétrer dans ces zones en friches, c’est opérer un basculement de nos perceptions. Le sale, le cassé, le rouillé deviennent des matières à part entière, dignes d’intérêt et peu à peu fascinantes. Notre œil aiguisé, on se prend à voir la beauté là où beaucoup ne voit qu’un endroit gênant et à rayer de la carte. On en vient à prendre des notes avec ses sens, à être réceptifs à ce que suggèrent ces lieux délaissés.
En redécouvrant la ville moderne et ses coulisses se crée une prise de conscience de la richesse du patrimoine. Pour connaître la ville, on ne peut plus se contenter que du sommet de l’iceberg.
- Des billes d’imagination
Etre là c’est imaginer le passé, un passé grouillant, industriel, familial, une hiérarchie, des codes, des contraintes. Passer là c’est jouer avec les fantômes des lieux, s’essayer à une archéologie d’un passé pas si lointain mais pourtant révolu.
Mais il n’y a pas que le passé dans ce jeu de civilisations: se promener dans ces lieux invite à imaginer comment cet endroit pourrait être revalorisé. Cette salle de bal ne pourrait-elle pas être réaffectée en maison de retraite pimpante et irrévérencieuse ? Cette ancienne brasserie ne devrait-elle pas accueillir les toiles de jeunes créateurs… ?
- Une obsession photographique
Des lieux laissés à l’abandon, portant encore tous les signes d’une activité industrielle intense et pourtant rongés peu à peu par la nature qui déforment ses formes d’acier… tout cela est incontestablement photogénique. Inspirant. Dans ces lieux, on veut expérimenter de nouvelles choses avec notre appareil photo. Certains y réalisent même de vrais shootings, avec des projecteurs et des modèles pomponnés, d’autres s’essayent au HDR.
Que l’on s’intéresse aux structures imposantes avec un grand angle ou à la macro, en se focalisant sur la peinture écaillée, aux boulons ou aux énigmatiques empreintes digitales laissées sur des murs, les occasions de dégainer son appareil ne manquent pas.
Personnellement, je serais infiniment frustrée de découvrir un endroit de ce type sans pouvoir tenter de me l’approprier par le biais de mon appareil photo… Urbex et photographie sont absolument indissociables pour de nombreux explorateurs.
Régressives, drôles, fascinantes, aucune sortie de ce type ne m’a semblé banale. S’essayer à l’exploration urbaine, c’est entamer un voyage extraordinaire dans un environnement familier voire morne.
Il y a une phrase tirée d’un dessin animé qui synthétisera mieux tout ce blabla… “L’aventure, c’est EXTRA!”. Je crois qu’il est sain de s’en prescrire un bon verre le plus souvent possible.
// Dans le sac
- un trépied : il fait souvent sombre dans ces endroits. Pour sublimer les clairs-obscurs, un petit trépied est bienvenu, d’autant que l’on ne peut pas toujours se stabiliser en s’appuyant aux murs défraichis ou aux barres dévorées par la rouille.
- Un ou deux objectifs : Un objectif grand angle devrait être dans chaque sacoche ainsi qu’un petit objectif léger à très grande ouverture (oui, je pense au 50 mm, 1.8…). C’est peut-être aussi le moment d’inaugurer son objectif Fish-eye et de s’essayer à des effets de distorsion.
- Des batteries de rechange
- Une lampe de poche
- Une épingle à cheveux pour crocheter les serrures (argh, si seulement j’arrivais à maîtriser ce tour de passe-passe…).
- Un camarade de jeu : le jour où le fier garçon qui ouvrait le chemin s’est à moitié noyé dans une tranchée de vase… j’ai pleuré de rire. Puis je l’ai aidé. Et même tout mouillé et énervé, un garçon c’est pratique.
- Un téléphone portable : quand le camarade de jeu ne suffit pas et que l’on a besoin d’un coup de main extérieur.
- Quelques notes : faire quelques recherches sur le lieu à explorer permet de davantage apprécier la visite. Contexte historique, signification du lieu dans le contexte et la communauté de l’époque et plus prosaïquement une esquisse de plan pour pénétrer dans les lieux.
- Du bon sens : explorer un toit épais comme du papier n’est… pas… futé. Pénétrer dans un bâtiment militaire dans un pays connu pour sa police corrompue est joliment stupide.
// Des Fantasmes Urbex
Notre monde moderne est cartographié, chaque allée-rue-bar est indiqué grâce à la géolocalisation par satellite, que reste-t-il à découvrir…? Peut-on encore se perdre ? Et si se tourner vers des morceaux décrépis et malmenés du passé récent était une découverte à elle seule ?
Quand délabrement rime avec engouement, voici mes fantasmes d’explorateur :
- Chiner dans une usine désaffectée de poupées en cire (pas toute seule, brrr)
- Retrouver un chemin vers les décors de Metropolis de Fritz Lang, du carton pâte, des couleurs évanouies, une ville futuriste telle qu’on la voyait en 1927…
- Une usine de chewing-gum et singer Louis de Funès dans une bassine de pâte élastique verte.
- Une vieille salle d’entraînement, un punching-ball en cuir pelé, des haltères trop lourdes pour mes petits bras, des cordes à sauter pour les souvenirs régressifs, des posters de Mohammed Ali ou de Marcel Cerdan. Un plancher qui craque, un rat, une blatte, ça pourrait être un bel endroit.
// Des livres :
Beauty in Decay, de Jeremy Gibbs alias Romany WG.
Détroit, vestiges du rêve américain, d’Yves Marchand et Romain Meffre.
Access All Areas: A User’s Guide to the Art of Urban Explorations par Ninjalicious
// Ressources web:
Pour les anglophones, il y a un forum très intéressant: “Urban Exploration Resource”. Je conseillerais également le site “Infiltration” qui regorge d’informations.
Les numéros du magazine Focale Alternative, consultables sur le net, sont une bénédiction païenne. A mettre entre toutes les mains, y compris celles qui n’ont aucune passion pour l’exploration urbaine.
Etonnamment, on peut aussi collecter beaucoup d’information sur la plate-forme dédiée à la photographie Flickr. Il suffit d’y faire une recherche avec les mots-clés “urbex”, “exploration urbaine”, “abandonné” ainsi que le nom d’une ville. On peut s’affilier à certains groupes de photographes et découvrir de vraies pépites.
// Des explorateurs à suivre
Forbidden Places, créé par un certain Sylvain, l’un des plus célèbres sites francophones consacrés à l’urbex.
Les échappées d’Edouard Bergé


hello, super ton site et très belles tes photos. as-tu fait des expéditions urbex à Aix en provence ? je cherche une usine ou une maison désaffectée.
merci !
C’est vrai qu’on peut tomber sur des lieux abandonnés à chaque coin de rue (ou presque). Pour trouver des bâtiments intéressants à Berlin, je fais parfois de longues recherches sur le net. Et des fois ça me tombe juste dessus ! Comme cette station balnéaire nazie de 4 km de long sur l’île de Rugen au Nord de l’Allemagne rencontrée au détour d’une plage. Ou cette villa de luxe abandonnée sur une île lointaine, dans la mer des Caraïbes, au Nicaragua ! Je me permets de mettre le lien ![]()
http://www.voyage-amerique-latine.fr/pearl-keys-ii/
Plein. Il suffit de chercher un peu
@ Piotr: avec toi comme prof de latin, j’aurais été si studieuse! C’est tout de suite plus drôle…
Tu as repéré des endroits un brin abandonnés près de chez toi? En Pologne, l’urbex c’est répandu?
NowMadNow
Fouinus ergo sum
@ A la croisée des chemins: absolument, goûter à ce genre d’escapades c’est en vouloir davantage. Et il faut se presser: les ruines industrielles sont peu à peu rasées.
Tu as eu l’occasion de visiter quels types d’endroit?
@ Voyage Pérou: la forgerie à l’abandon reste sans doute une de mes plus explorations urbaines!
Je n’ai malheureusement pas cherché à faire de l’Urbex quand j’étais au Pérou (tellement de choses à voir et les trois mois sur place ont filé). Je viens d’entendre parler d’un centre commercial, au Mexique, qui n’a jamais été à proprement dit inauguré mais qui fait les joies des curieux du coin…
Je me suis renseignée sur l’endroit que tu mentionnais… l’atmosphère doit y être fascinante!
NowMadNow
Un article super complet sur l’Urbex ! L’Urbex c’est comme le voyage, une fois que ça te prends, il est difficile de ne pas continuer… C’est aussi un travail de mémoire notamment pour les « ruines » industrielles, à une époque où les usines disparaissent rapidement…
Visiter une forgerie grignotée par le temps a dû être surprenant!
Du côté du Pérou, il y aurait certainement plusieurs endroits à explorer, mais pour le moment, je n’ai pas l’impression que ce soit une activité très répandue.
Aujourd’hui j’ai découvert l’île fantôme d’Hashima au Japon. Autrefois, c’était l’île avec la plus forte densité d’habitants, mais aujourd’hui, elle est complètement vite. Elle a été ouvert au tourisme en 2009 et la visiter doit donner des frissons dans le dos si ca t’intéresses!
@ Curieuse Voyageuse: Urbex, c’est juste un nom neuf sur une très vieille pratique
J’ai souvent lu des articles sur ce genre d’exploration en Chine: centre commercial à l’abandon, usines en tous genres, le développement économique du pays offre des lieux très particuliers à explorer.
Bon retour en France miss!
@ Mr Panda: je ne suis passée qu’une fois à Aix-en-Provence, il faudra que je découvre avec plus de régularité les pays d’Europe en 2013, notamment l’immense patrimoine français!
J’espère qu’il sera encore possible de visiter le « Domaine des Esprits »! Je prendrai mon appareil photo
Merci beaucoup pour ton commentaire!
@ Voyage Pérou: tout à fait, ces lieux sont très utilisés dans la publicité (ou alors recrées en décors studio). Ce sont des atmosphères très spéciales et « télégéniques ».
Ces derniers mois, j’ai beaucoup exploré ce genre d’endroits à l’abandon: parc d’attraction délaissé, ambassade, brasserie, salle de bal. Un de mes meilleurs souvenirs reste une forgerie gigantesque peu à peu grignotée par la nature. De vrais terrains de jeu!
As-tu entendu parlé de ce genre d’endroits au Pérou? Est-ce une activité populaire?
NowMadNow
Excellent, je n’avais jamais entendu parler de ce terme… Je vais desormais etre aux aguets a ce propos!
C’est une pratique que j’affectionne depuis longtemps pourtant: dans les inombrables travaux que connait la Chine, c’est un terrain de jeux genialissime (meme si j’etais loin d’etre equipee…)!!!
Un mini exemple par ici http://www.curieusevoyageuse.com/dans-les-hutongs-de-pekin/!
Cela me fait penser au » Domaine des esprit » , ancienne maison de Charles Trenet sur Aix-en-Provence . J’ai la chance d’habiter cette ville, et plusieurs visites de ce domaine ont été effectuées . Je te rejoins sur un point, je n’ai jamais apporté mon appareil … une frustration terrible …
Tes photos sont toujours aussi fine et bien réalisées, très beau travail ( la palme au lavabo pour moi ! )
Wow! C’est vraiment fou! Ca me fait penser à une pub de smirnoff qui fait un party dans un égout, c’est vraiment la nouvelle mode faut croire!
Tu l’as fais à quel endroit toi?