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Séjour en Birmanie: Pactiser avec l’ennemi, la suite


 

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Quatrième jour de mon séjour en Birmanie et déjà bien plus de questions que de réponses. Même en essayant coûte que coûte de favoriser un tourisme responsable, je commets des impaires. Après avoir rencontré ceux qui deviendront ma famille d’accueil en Birmanie, je participe à l’inauguration d’un orphelinat et découvre l’enthousiasme de bénévoles

 

Séjour en Birmanie: Pactiser avec l’ennemi

 

* Des bénévoles en Birmanie … et un adolescent en uniforme

 

Une journée dans la frénésie des préparatifs qui entourent l’ouverture imminente de l’orphelinat, je m’échappe en fin d’après-midi vers un temple niché sur une colline. Sans doute que tout est trop codifié pour moi depuis quelques jours, je marche en suivant la stupa dorée, heureuse de ne pas savoir où je vais.

Des jeunes femmes chargées de bébés emmaillotés dans des tissus colorés viennent très vite à ma rencontre. Je débine mes douze mots de birmans d’une traite, puis on communique enfin mieux en ne disant plus rien. Elles examinent ma tenue de voyageuse, bien plus terne que la leur. Mes boucles d’oreille en toc, qu’elles semblent adorer. D’un panier en raphia, l’une d’elle sort des boules de sucre de palme non raffiné: après deux ans et demi sur les routes, je découvre enfin les meilleurs bonbons du monde.

Une heure passe ou peut-être bien plus. Le temps coule. Il fait un peu moins chaud. Il est temps que je termine ma balade. Mais pas avant d’avoir été au sommet de cette colline.

Des amoureux en scooter se collent l’un contre l’autre pour escalader ce chemin de cailloux qui souffle sous les roues.

Un homme en vert me dépasse. Sa moto est plus puissante que celle des adolescents croisés plus tôt.

Je prends des photos du paysage et des fumées qui s’échappent du village. L’homme redescend en moto. S’arrête plus bas. Remonte vers moi. Klaxonne pour que je délaisse mes photos de paysage et me retourne vers sa moto.

Lui, l’homme en vert c’est un militaire.

Il s’appelle Pay. A une façon unique de prononcer les voyelles anglaises. On dirait qu’il a dix-huit ans ans, mais m’affirme en avoir le double.

La nuit va tomber, il se propose donc de m’emmener en vitesse au sommet puis de me ramener à l’orphelinat.

On recroise les femmes avec lesquelles je découvrais une heure auparavant le goût insolent des bonbons birmans. A la vue du soldat, elles fixent le sol.

 

 

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* Conversation sur un scooter: les questions du jeune militaire

 

Pay veut que je lui parle des autoroutes des Etats-Unis et d’Europe. De la formule 1. De vitesse, de chevaux, de bitume lisse, de courses et de paris. De sports. De magasins. D’enfants sans parents et de femmes divorcées. De cinémas et de vacances à la mer. De livres scolaires et de l’université. De langues étrangères. Et surtout des fruits français. Ils sont bons les fruits français ? Ils sont très grands, n’est-ce pas ? Et très sucrés, comme le sucre de palme les fruits français ?

A quelques mètres de l’orphelinat, un essaim de bénévoles s’aligne devant le bâtiment. Toutes les nationalités semblent se fondre dans ce groupe de volontaires. Leur costume est blanc et ressemble à une tenue de matelot.

Pay ne veut pas s’approcher de l’orphelinat. Il y a trop d’étrangers me dit-il. Au moins aussi étrangère que ces bénévoles, j’ai peine à réprimer un grand sourire incrédule. On reste des heures à proximité de l’orphelinat. Je crois qu’il a fini par épuiser tout son stock de questions. Mais les fruits français, ça l’intrigue quand même sacrément.

Un sujet n’est jamais abordé : son uniforme.

Je devine la pudeur des Birmans sur ces questions difficiles. Je préfère attendre qu’il aborde lui-même le sujet, puis finis par presque oublier que cet homme au visage adolescent est un militaire.

Pay, je l’aime bien. Après avoir épuisé toutes les questions imaginables – j’ai souvent tendance à assommer mes propres amis de mille questions – il a l’air épuisé et réfléchi en papillonnant des yeux. Je crois qu’il range mes tentatives d’explications dans des casiers mentaux.

La fête commence autour de l’orphelinat. J’aime bien regarder les fêtes de l’extérieur. Mais là, je suis trop en retard pour encore faire l’école buissonnière. Je dois retrouver mon chauffeur.

Pay reviendra demain. Il est en congé. Mais il est en uniforme pourtant.

 

* La colère d’un Birman qui hait les militaires

 

Je retrouve mon chauffeur. Il a vu Pay et semble très contrarié. Adossé à un mur couvert de diplômes et de cartes, il fait un bond vers moi dès que je le salue.

Les militaires, les hommes en vert. Pay et tous les chiens.

 

          I am not angry with you, I am angry with them. I hate them.

 

Mon chauffeur s’en veut instantanément de s’être emporté. Il retrouve son calme habituel, son teint nacré et son sourire timide. En un claquement de doigt, comme si j’avais tout inventé: sa colère instantanée, les chiens, les militaires. Retour au calme. Il me montre mon lit. On doit partir tôt demain.

Je ne m’endors pas.

Je voudrais m’excuser auprès de mon chauffeur. De l’avoir froissé. Les bénévoles ne côtoient pas les militaires ici, évidemment.

En même temps, je ne pouvais pas repousser Pay en raison de son uniforme.

La nuit s’estompe et il est déjà temps de regagner à Yangoon. Je me vois mal demander à mon chauffeur d’attendre que Pay revienne me dire au revoir.

Je repars donc comme une voleuse vers l’ancienne capitale de la Birmanie, plus perplexe que jamais. Le brouhaha apaisant de Bangkok me paraît loin. C’était il y a quatre jours, avant de poser les pieds en Birmanie.

Sur la route qui mène à Yangoon, on croise quelques militaires, indifférents à la crispation qui se lit autour des yeux de ce chauffeur qui les hait.

 

I am not angry with you, I am angry with them. I hate them.

 

 

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Lundi, juillet 29th, 2013
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Birmanie.
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16 Comments to “Séjour en Birmanie: Pactiser avec l’ennemi, la suite”

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décembre 30th, 2013

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novembre 10th, 2013

[…] de mon séjour en Birmanie, je me suis mêlée le plus possible à des bénévoles impliqués dans des ONG, rencontrés […]

août 20th, 2013

Bonjour,
Lire ton article m’a donné le sourire et une envie de partir à la découverte de ce magnifique pays. J’aime bien les photos et les conversations que tu as eues avec les gens que tu as rencontrés.
Merci

août 19th, 2013

Holà , un très bel article qui traduit bien le malaise de visiter ce beau pays. Tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir, tout est « gris » c’est pourquoi rien est simple à appréhender dans ce pays à l’histoire et au présent si complexe. Un exemple que j’ai découvert récemment : http://journalmetro.com/culture/353916/birmanie-les-punks-contre-la-violence-des-moines/ même l’ouverture du pays semble donc blesser, meurtrir, discriminer une partie de la population. Alors je me dis que : quoi qu’on fasse en ce moment dans ce pays n’est pas forcément « bon » mais pas forcément mauvais non plus, tu finances la junte mais tu participes à l’ouverture, une ouverture qui espérons ira dans le bon sens … A bientôt Seb’

août 10th, 2013

[…] assistant à l’ouverture d’un orphelinat, j’ai pu partager le quotidien d’une dizaine de bénévoles, impliqués dans une […]

août 1st, 2013

C’est bouleversant ! Ce pays est complexe mais à la fois plein de charme. J’aimerai m’y rendre un jour si j’en ai l’occasion

août 1st, 2013

woua, ton article et tout ça bah ça m’a totalement boulversée intérieurement dans ce qui conscerne le questionement que ça soulève come question qu’on peut pas y répondre finalement. Merci encore grace à ton article

juillet 31st, 2013
Haydée

J’ai beaucoup repensé à ton article ces derniers jours, car je n’avais pas su comment y réagir à chaud… Et oui ces situations qu’on vit en voyage sont souvent compliquées et perturbantes, et ça bouscule nos esprits manichéens de voir que tout n’est ni tout blanc ni tout noir… que derrière cet uniforme censé incarner le mal, se cache un petit gars curieux et sympa, qui aurait pu devenir une chouette rencontre de voyage. Ca fait bizarre, hein ? Et tu sais ce qui m’a poussé à revenir commenter ici ? Je viens de passer 2h à chatter sur Gmail avec un moine brièvement rencontré en 2009 (mais pas revu cette fois-ci en 2013), qui après plusieurs discussions sympas, me raconte aujourd’hui qu’il soutient le moine Wirathu et son mouvement 969, et essaie de me convaincre que les Musulmans sont un mal qui gangrène la Birmanie… m’expliquant qu’il y a beaucoup de désinformation à l’étranger, qu’on parle des agressions des Bouddhistes sur les Musulmans, mais pas l’inverse, alors qu’elles sont de plus en plus fréquentes… Pas simple, tout ça.

juillet 31st, 2013

Ah lalalala Aline…
Je l’ai mis sur twitter et le redis ici: toujours un exquis plaisir de te lire… J’ai justement vu un reportage sur France 5 plutôt flatteur sur ce pays récemment, et je me demandais « comment est-ce de ‘vraiment’ y voyager ». J’ai désormais ma réponse.
Une belle fenêtre ouverte sur ce pays complique.
Je t’en remercie!
A bientôt ma chère !

juillet 31st, 2013

Et bien voilà la suite,

C’est triste, je reste sur ma faim (fin ? je n’ai jamais su), je m’attendais à un baiser volé de Pay et plus encore :p !

C’est fou de voir une tel haine au sein d’un même peuple…

Merci pour cette histoire très touchante !

A plus

Lucas

juillet 30th, 2013

A mon avis, les enfants de la paix ne peuvent pascomprendre la haîne des uniformes que suscitent la guerre. Encore plus a fortiorikirsqu’il s’agit d’un conflit civil ou c’est « frère contre frère ».
Qui sait ce que les Birmans ont vu et suvi… et pourtant, le soldat est un homme comme les autre

juillet 29th, 2013

Je sens que je vais suivre tes récits sur la Birmanie comme une bonne petite écolière. Comme je souhaite faire un voyage en Asie du Sud Est et me rendre en Birmanie (qui sera ne plus mon premier pays), tous ces petits détails et ces histoires vont bien m’aider à ne pas arriver toute naïve (que je suis) dans ce beau pays.

juillet 29th, 2013

Coucou la voyageuse!

J’aurais certainement fait comme toi, mais j’aurais eu quelques scrupules à vexer mon chauffeur.

Quelle rencontre!

juillet 29th, 2013
Fanny

Un très beau récit, bien plus intéressant qu’un TOP 10 des choses à faire en Birmanie ou autres articles creux.

On ressent bien l’ambivalence que tu as vécu.

Nico

juillet 29th, 2013
Nico

Ce serait trop facile de penser que la guerre c’est seulement des méchants qui se battent contre des gentils…. Expérience enrichissante bien que perturbante on dirait! Hâte de lui la suite de ce récit birman!

juillet 29th, 2013
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