Cela fait environ un an que je suis en contact avec Chris, le journaliste qui se cache derrière le projet Médiareporter. Là, on était sur le même continent, dans le même pays, on allait forcer nos chemins à se croiser.
Ce sera La Paz. Un repas libanais, des saveurs décalées, loin des Sopa de Pollo que l’on engloutit lui et moi depuis des semaines. Des sujets brûlants tournent. J’écoute. Je veux découvrir la personne derrière le travail acharné du journaliste.
Demain, la prison de San Pedro… Je peux… venir?
Cette prison est unique au monde. Les gardes… ne rentrent pas dans la prison. Après une série d’émeutes, les prisonniers ont imposé leurs conditions, leur façon de réguler le système pénitencier. Une micro-société hiérarchisée s’y est développée. Chris m’abreuve d’informations, une question en appelle une autre. On est face à la prison, il fait beau, l’endroit est étrangement magnifique, bordé d’un parc et d’écoles. Peut-être y a-t-il en face de nous une file de familles qui attendent de pouvoir pénétrer dans le batiment blanc en face de nous, peut-être que des gardes armés en costume kaki font le pari de nous ignorer.
Chris n’a pas encore reçu l’autorisation de rentrer à l’intérieur. On y pénétrera peut-être demain.
On va rester en face. Observer. Forcer la chance en l’attendant.
Une vieille dame apparaît dans mon champ de vision. Je parlerai avec elle. Faut s’assoir à côté d’elle, ne pas la brusquer. J’ai le temps. L’envie. L’écouter.
On est à quelques mètres de la prison, assises sur la bordure du trottoir. Elle est exténuée, âgée, magnifique dans ses rides brunes. Elle pose sa cane. Son fils est à l’intérieur. Elle va lui ramener des bananes et du pain. Elle vient tous les jours, me montre sa carte d’autorisation. Je ne reconnais pas cette photo qui a le visage d’une femme d’un autre âge. La carte est ancienne me dit-elle.
Je retrouve Chris qui me propose d’aller parler à une des vendeuses de la place. Vendeuse de fruits ou vendeuse de bâteaux? Sots romanesques, on est attiré d’emblée par celle qui vend des voiles. On découvre alors une réalité étrange. Les objets d’art qu’elle dispose sur son étal sont produits en prison. Elle est intimidée. Chaque objet est signé du nom du prisonnier qui l’a réalisé. Je lui pose une question idiote. “Vous avez déjà été dans la prison?”. Elle nous regarde. “Je vis là-bas.”
Son mari y est enfermé pour traffic de drogues. Chris m’apprend que c’est le profil-type du prisonnier de San Pedro. Ici, c’est la cocaine. La meilleure de Bolivie y était produite là-bas, dans l’enceinte de la prison. Maintenant… c’est moins officiel. Le laboratoire a été détruit paraît-il, cela n’était pas convenable médiatiquement de laisser les prisonniers produire de la coke. Et puis il y a des enfants dans la prison, fallait un peu d’ordre dans cette prison sans gardiens.
On sourit. Cette femme est touchante. Chris ira sans doute lui reparler dans quelques jours. Il faut faire un portrait de cette femme qui rejoint son mari en prison tous les soirs et vend le jour les objets fabriqués par les détenus.
Tu sais qu’il y a un hôtel dans la prison? Que les prisonniers doivent acheter leur cellule? Que les cellules des riches sont à 15 000 dollars? Tu sais que les riches ont un jacuzzi et un écran plat? Tu sais… qu’il y a des enfants qui restent avec leurs parents détenus? Que la prison est divisée en secteurs de riches et en secteur de pauvres?
A suivre…


@ Chris: non, non, on avait marché sous une tempête et … tu étais SALE!
@ Joe: c’est fascinant un tel concept, tellement loin de tout ce que l’on peut attendre de l’univers carcéral.
NowMadNow
Je tiens à préciser que ce pantalon n’était pas aussi crade qu’il en a l’air sur la photo :} !
Incroyable cette prison, je n’en avais jamais entendu parler !
@ Melissa: merci! Une incroyable experience en tous cas, j ai eu du mal a quitter la Paz!
@ Julien: je mettrai en lien un ou deux autres liens concernant cette prison, j espere qu ils repondront a tes questions!
@ Tiphanya: merci beaucoup pour tous tes commentaires, j y repondrai avec plaisir des que j aurai une connection correcte!
@ Charlotte: je vais cuisiner Chris a ce sujet! je ne lacherai pas l affaire, promis
@ Marjorie: oui c etait plus passionant et deroutant! Mais tout le ñerite revient a mon comparse Chris
Moi je trouvais de bons restaurants…
@ Fabrice: un tout grand merci pour ton mail mister, la ma connection a internet est vraiment limitee mais des que j ai un ordinateur correct entre les mains, je te reponds
Bonnes fetes mister.
@ Piotr: hello mister
Moi aussi c est bien une thematique qui me passionne, et ce, depuis des annees.
@ Cecile: merci!
@ Nicolas: plus que deconcertant comme concept, n est ce pas?
@ Mawoui: merci pour tes messages d encouragement!
NowMadNow
Passionnant ces regards en parallèle surun sujet qui l’est tout autant!
Incroyable cette prison!
Y a t il de la violence dans cette prison avec ce mode de gestion! Par contre, pas très normal que les riches puissent avoir des conditions différentes une fois de plus…
Je viens de lire l’article de Chris et vos deux billets très différents donnent envie d’en savoir plus. Vivement la 2e partie de ton article
Et les 4 règles manquantes du reporter, peut-on les avoir?
Génial ! Quelle découverte !!! Je vais voir aussi du côté de Chris ! Tu vis des choses passionnantes lol !
Et bien, intéressant en effet! Tu vas y rentrer aussi?
J’adore toutes les histoires de micro-sociétés et d’aut-gérance, je trouve cela fascinant du point de vue sociologique.
Bon, je vais voir ce que Chris en dit de son côté ^^
« cela n’était pas convenable médiatiquement de laisser les prisonniers produire de la coke » cela ne m’étonne même pas ^^
super article !!!!!!!!
Mais mais, c’est quoi ce délire !!!
:O
Passionnant !! Une micro-société qui quasi s’autogère ! Je ne connaissais pas San Pedro !
Hâte de lire la suite ! Tu as une superbe plume, à la fois simple, riche et imagée ! J’aime !
(Au fait, oui, j’arrive du Costa Rica après un mois sur la route avec la petite… je repars très bientôt sur la route ! A ver!)